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Guy Freixe
 
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Soifs d'amour, Trois Nô modernes

Le Tambourin de soie, Aoi et Sotoba Komachi

de Yukio Mishima

Création le 23 juin 2006 au Théâtre National de Chaillot (75).

 Dernier spectacle des élèves de
l'Ecole du Théâtre National de Chaillot
coproduit par l'Ecole du Théâtre National de Chaillot

-> Fiche du spectacle

-> Dossier du spectacle

Contact Production : Katell Cheviller
TÈl : 01 43 42 18 25

 


 

« Le titre de convient-il à ces petites pièces si différentes du Nô d'autrefois ? La réponse est oui. Cette réalité qui tourne au songe, ce sentiment de passage et de recommencement qui nous fait hésiter si le poète de deux sous a déjà rencontré Komachi il y a près d'un siècle ou la rencontrera encore dans quatre-vingt-dix-neuf ans, si la belle insensible et le portier amoureux ne reprendront pas chaque soir leur conversation sous les étoiles par-dessus la rue vide, nous ramène malgré nous et peut-être plus que ne l'a supposé Mishima lui-même à l'ample et flottant paysage métaphysique des Nô, ou plutôt à ce profond monde mental auquel le Japon a peut-être moins cessé d'appartenir que ne le croient ses technologues, ses hommes d'affaires et ses hommes d'état. »
Marguerite Yourcenar, Avant-propos à Cinq Nô Modernes, Edition Gallimard. 

 
 

 

- Vous semblez passionné par la civilisation et la culture japonaise ?
C'est vrai, bien que je ne sois jamais allé au Japon. Mais, quand j'étais comédien au Théâtre du Soleil, avec Ariane Mnouchkine, nous avons beaucoup travaillé sur le No et le Bunraku. Ce sont des formes de théâtre et des dramaturgies passionnantes car l'être humain y est représenté avec un art de la métaphore extraordinaire. Je suis très sensible à cette recherche de pureté dans la manière de traduire l'émotion : c'est une possibilité tout à fait passionnante pour le metteur en scène de fuir le réalisme, et quand un jeune comédien fait ses premiers pas sur le plateau, il apprend à traduire ses sentiments dans une forme théâtrale rigoureuse où le signe théâtral prend toute sa force polysémique.

- Qu'apporte un travail sur Mishima à de jeunes comédiens ?
Le jeune comédien doit acquérir cet art du déplacement qu'est le recours à la métaphore, et il doit offrir au spectateur la possibilité de plonger dans des zones existentielles parfois proches díun traumatisme. C'est un théâtre où l'on revit les évènements du passé et où l'on est en prise avec les forces psychiques qui nous habitent. Ce sont des textes exigeants qui apportent beaucoup au jeune comédien, même si ce n'est pas dans l'immédiat. Les personnages de ces Nô constituent des incarnations de pulsions psychiques.

Dans Aoi, par exemple, le personnage de la malade revit les affres de la jalousie face à une rivale dont le fantôme pénètre dans sa chambre d'hôpital pour lui reprendre son mari. Ce qui passionne Mishima, c'est bien le passé lié au fantasme, lui-même issu d'un traumatisme ancien, que le personnage doit pouvoir dépasser et donc évacuer dans une sorte de catharsis.

Dans Le Tambourin de soie, il s'agit d'un amour socialement impossible : l'amour d'un vieux portier pour une très belle femme qui évolue dans le monde de la mode, du paraître, du "miroir". Ce tendre vieil homme se suicide suite à une amère moquerie : la belle coquette lui offre un tambourin, tendu non de peau mais de soie, en lui promettant de répondre à son amour si le son du tambourin parvient jusqu'à elle. Ce qui est extraordinaire dans la version de Mishima est cette conversation qui a lieu la nuit entre cette femme qui n'a pas su comprendre ce que c'était que l'amour et le fantôme rougeoyant de colère de ce vieillard. Et cette fois le tambourin retentira enfin sous les coups du spectre toujours mordu par le désir, mais en vain, car le tambourin ne parviendra pas à triompher de la surdité de la mondaine, qui se révèle être une ancienne prostituée, et qui souffre de son incapacité à aimer.

Le troisième Nô enfin, Sotoba Komachi, est sans doute le plus spirituel, avec, comme trame, un Nô traditionnel écrit autrefois par Zeami. Il s'agit d'une poétesse qui, voulant préserver sa virginité et sa puissance de création, refuse de se donner au monde réel et fait attendre son amoureux pendant cent jours, malgré le désir du poète qui le torture. Chez Mishima, c'est une vieille mendiante qui va montrer au jeune poète que la beauté n'est pas dans les apparences mais qu'elle s'offre seulement à la suite d'une profonde quête intérieure.

Entretien avec Guy Freixe réalisé par Philippe du Vignal, Directeur de l'Ecole du Théâtre National de Chaillot

 

 

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