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LE JEU MASQUÊ

A travers deux dramaturges du XXème siècle
BRECHT / VALLE INCLAN

Stage conventionné AFDAS
(Fond d'Assurance Formation De l'Activité du Spectacle)
Dirigé par Guy Freixe
Du 6 octobre au 31 octobre 2003




Objectifs pédagogiques du stage :

Formation du comédien au jeu masqué à travers le travail mené sur ´Soldats de Carnavalª de Valle-Inclàn et ´La Bonne âme de Sé-Tchouanª de Brecht .

Formateurs :

.Guy Freixe , Metteur en scène : travail sur les masques et les textes.
.Maryse Poulhe, Comédienne : travail sur le mouvement et la dynamique corporelle des personnages.

Programme :

.Découverte des lois essentielles du jeu masqué à travers divers types de masques expressifs : demi-masques en cuir de la commedia dell'arte ou en bois du théâtre populaire balinais; masques entiers; masque-maquillage.
. Travail sur deux dramaturges à partir du style de jeu impliqué par l'usage des masques :
B. Brecht : "La Bonne âme de Sé-Tchouan"
Valle-Inclàn : "Soldats de Carnaval"
.Direction générale : le travail sous le masque est plus riche pour l'acteur que ce que l'on croit d'habitude. Il nous impose un travail rigoureux sur la gestuelle, une précision rythmique, un sens musical, un souci permanent du récit, un état dramatique intense... il ouvre à l'imaginaire et donne à l'acteur le sens poétique de l'écriture de l'émotion par le corps. Tout devient signe. Le masque oblige l'acteur à la transposition. Cet art de l'acteur ne se cantonne pas dans la "tradition" : approche de la comédie italienne, travail sur Molière ... Il est au coeur d'un théâtre qui interroge le monde et je propose avec ce stage de découvrir la richesse du jeu masqué en explorant deux dramaturges du XX∞ siècle : d'un côté le théâtre épique brechtien et de l'autre celui fantasmagorique du grand dramaturge espagnol Valle-Inclàn .
.Apport de l'improvisation dans la caractérisation des personnages. Travail musical sur les entrées, les sorties (en lien avec un musicien qui suivra le travail des répétitions)
.Continuité d'invention entre l'improvisation et le texte...
.Masquer son corps, masquer sa voix. pour révéler un personnage, des images, un univers proprement théâtral.
.Présentation du travail en fin de stage.



VALLE-INCL¿N

´ Ràmon Maria del Valle-Inclàn (né en 1866 à Pontevedra en Galice, mort en 1936 à Saint-Jacques de Compostelle), fut l'un des plus brillants écrivains de son pays en son temps. Sa trajectoire idéologique le conduisit d'un traditionalisme idéalisé à des prises de position révolutionnaires.

Son ouvre dramatique très originale contribua, avec celle de F. Garcia Lorca, à donner au théâtre espagnol un éclat remarquable.

La Galice natale de Valle-Inclàn revit dans ses premières pièces. Il s'agit d'un monde rural violent et brutal, accablé de misère, peuplé de personnages inquiétants ou dégénérés o˘ se détache la figure d'un nobliau de village, Don Juan de Montenegro, symbole d'un monde en perdition. Cet univers halluciné revit dans les Comedias barbaras : Aguila de blason (Aigle de blason, 1907), Romance de lobos (Romance de loups, 1908), Cara de plata (Visage d'argent, 1922).

Alliant l'élégance raffinée du ´ modernisme ª à l'apreté d'une langue haute en couleur, parsemée de termes populaires, les farces et les drames écrits entre 1909 et 1920 offrent l'aspect chaotique et disparate, cher à l'auteur, qui donne à ses ouvres une tonalité singulière de rêve ou de cauchemar : La Cabeza del dragon (La Tête de dragon), Cuento de abril (Conte d'avril), Voces de gesta (Cris de geste), El Embrujado (L'Ensorcelé). Des personnages de la commedia dell'arte, de la comédie du Siècle d'Or espagnol ou de la comédie galante franÁaise se mêlent dans La Marquesa Rosalinda (La Marquise Roselinde, 1913), ´ farce sentimentale et grotesque ª au lyrisme grinÁant.

La publication en 1920 de quatre ouvres capitales montre une orientation nouvelle de l'inspiration. La Farsa italiana de la enamorada del Rey (Farce italienne de l'amoureuse du roi) fait des personnages de ridicules marionnettes. Farsa y licencia de la Reina castiza (Farce et licence de la reine chaste et pure) annonce la cruelle satire du règne d'Isabelle II qui s'épanouira dans la trilogie de El Ruedo ibérico (L'Arène ibérique, 1927-1932). Divines paroles (Divinas palabras) une des plus belles ouvres de Valle-Inclàn, est une exacerbation de l'univers sordide et démoniaque des comédies barbares.

Lumières de bohème (Luces de bohemia) dépeint, autour de la figure d'un poète aveugle réduit à la misère, les bas-fonds madrilènes avec ses truands, ses artistes ratés, ses prostituées , ses pauvres hères. Ce drame est une parabole dérisoire de l'Espagne. Selon le mot fameux de l'auteur, il s'agit d'un esperpento, c'est-à-dire d'une déformation grotesque de la réalité et des êtres destinée à transporter le spectateur au-delà du rire et de la douleur.

Trois esperpentos d'une apreté iconoclaste sans pitié à l'égard des institutions sont groupés sous le titre de Martes de carnaval (Soldats de carnaval) : Les Cuernos de Don Friolera (Les Cornes de Don Friolera, 1921) ; Les Galas del difunto (Les Atours du défunt, 1926) ; La hija del capitàn (La Fille du capitaine, 1927).

Au-delà des conventions esthétiques de son époque, dominée par J.Benavente, Valle-Inclàn, partisan d'un théâtre à la scène multiple, influencé par le cinéma, au mépris des go˚ts convenus du public ou de tout conformisme, a créé une ouvre dramatique puissante et très originale qui annonce les recherches d'avant-garde les plus neuves. ª


B. Sesé, in ´ Dictionnaire encyclopédique du Théâtre ª, Bordas, 1991.


BERTOLD BRECHT

´Sur son bureau, l'écrivain - que l'on ne présente plus - s'est toujours entouré de trois masques japonais, dont deux de Nô qu'il disposait à côté d'un rouleau chinois figurant "le Douteur". C'est que le masque est au cour de la problématique de son écriture. D'abord parce que Bertold Brecht ne conÁoit pas une vie qui puisse être réellement vécue en toute transparence, à " visage ouvert". Dans son théâtre il nous montre des êtres endossant divers "masques" et la métamorphose est au coeur de sa dramaturgie. Le masque est aussi référence directe au théâtre, signe de distance avec la fable jouée, et définissant un espace non-hystérique o˘ l'acteur se présente d'emblée comme comédien-observateur ª.

B. Brecht, Journal de travail