VALLE-INCL¿N
´ Ràmon
Maria del Valle-Inclàn (né en 1866 à Pontevedra en
Galice, mort en 1936 à Saint-Jacques de Compostelle), fut l'un
des plus brillants écrivains de son pays en son temps. Sa trajectoire
idéologique le conduisit d'un traditionalisme idéalisé
à des prises de position révolutionnaires.
Son
ouvre dramatique très originale contribua, avec celle de F.
Garcia Lorca, à donner au théâtre espagnol un éclat
remarquable.
La
Galice natale de Valle-Inclàn revit dans ses premières pièces.
Il s'agit d'un monde rural violent et brutal, accablé
de misère, peuplé de personnages inquiétants ou dégénérés
o˘ se détache la figure d'un nobliau de village, Don
Juan de Montenegro, symbole d'un monde en perdition. Cet univers
halluciné revit dans les Comedias barbaras : Aguila de blason (Aigle
de blason, 1907), Romance de lobos (Romance de loups, 1908), Cara de plata
(Visage d'argent, 1922).
Alliant
l'élégance raffinée du ´ modernisme ª
à l'apreté d'une langue haute en couleur, parsemée
de termes populaires, les farces et les drames écrits entre 1909
et 1920 offrent l'aspect chaotique et disparate, cher à l'auteur,
qui donne à ses ouvres une tonalité singulière
de rêve ou de cauchemar : La Cabeza del dragon (La Tête de
dragon), Cuento de abril (Conte d'avril), Voces de gesta (Cris de
geste), El Embrujado (L'Ensorcelé). Des personnages de la
commedia dell'arte, de la comédie du Siècle d'Or
espagnol ou de la comédie galante franÁaise se mêlent
dans La Marquesa Rosalinda (La Marquise Roselinde, 1913), ´ farce
sentimentale et grotesque ª au lyrisme grinÁant.
La
publication en 1920 de quatre ouvres capitales montre une orientation
nouvelle de l'inspiration. La Farsa italiana de la enamorada del
Rey (Farce italienne de l'amoureuse du roi) fait des personnages
de ridicules marionnettes. Farsa y licencia de la Reina castiza (Farce
et licence de la reine chaste et pure) annonce la cruelle satire du règne
d'Isabelle II qui s'épanouira dans la trilogie de El
Ruedo ibérico (L'Arène ibérique, 1927-1932).
Divines paroles (Divinas palabras) une des plus belles ouvres de
Valle-Inclàn, est une exacerbation de l'univers sordide et
démoniaque des comédies barbares.
Lumières
de bohème (Luces de bohemia) dépeint, autour de la figure
d'un poète aveugle réduit à la misère,
les bas-fonds madrilènes avec ses truands, ses artistes ratés,
ses prostituées , ses pauvres hères. Ce drame est une parabole
dérisoire de l'Espagne. Selon le mot fameux de l'auteur,
il s'agit d'un esperpento, c'est-à-dire d'une
déformation grotesque de la réalité et des êtres
destinée à transporter le spectateur au-delà du rire
et de la douleur.
Trois
esperpentos d'une apreté iconoclaste sans pitié à
l'égard des institutions sont groupés sous le titre
de Martes de carnaval (Soldats de carnaval) : Les Cuernos de Don Friolera
(Les Cornes de Don Friolera, 1921) ; Les Galas del difunto (Les Atours
du défunt, 1926) ; La hija del capitàn (La Fille du capitaine,
1927).
Au-delà
des conventions esthétiques de son époque, dominée
par J.Benavente, Valle-Inclàn, partisan d'un théâtre
à la scène multiple, influencé par le cinéma,
au mépris des go˚ts convenus du public ou de tout conformisme,
a créé une ouvre dramatique puissante et très
originale qui annonce les recherches d'avant-garde les plus neuves.
ª
B.
Sesé, in ´ Dictionnaire encyclopédique du Théâtre
ª, Bordas, 1991.
BERTOLD
BRECHT
´Sur
son bureau, l'écrivain - que l'on ne présente plus - s'est
toujours entouré de trois masques japonais, dont deux de Nô
qu'il disposait à côté d'un rouleau chinois figurant
"le Douteur". C'est que le masque est au cour de la problématique
de son écriture. D'abord parce que Bertold Brecht ne conÁoit
pas une vie qui puisse être réellement vécue en toute
transparence, à " visage ouvert". Dans son théâtre
il nous montre des êtres endossant divers "masques" et
la métamorphose est au coeur de sa dramaturgie. Le masque est aussi
référence directe au théâtre, signe de distance
avec la fable jouée, et définissant un espace non-hystérique
o˘ l'acteur se présente d'emblée comme comédien-observateur
ª.
B.
Brecht, Journal de travail |